Yoann Barelli : "Au plus c'est con, au plus je m'éclate" (interview exclu)

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Yoann Barelli, c’est plus que des vidéos déjantées qui ont contribué à sa popularité sur le web. Le rider Giant est un crack en enduro avec notamment une 9e place l’année dernière sur les Enduro World Series. Avant la reprise le 28 mars prochain en Nouvelle-Zélande, on a parlé Whistler, enduro, courses urbaines, DH et avenir avec le Frenchy exilé au Canada.

" Surement pas dans un fauteuil putain... t'es fou ! " Oui, quand on demande à Yoann Barelli (29 ans) où il se voit dans dix ans et s’il s’imagine tranquille dans un canap’, la réponse est radicale et pimentée comme on l’aime. Le rider Giant qui a terminé l’année 2014 avec un top 10 arraché sur les Enduro World Series a répondu à nos questions depuis le Canada où il s’est expatrié depuis quelques mois maintenant. Et il n’y a qu’à voir ses posts sur sa page Facebook pour constater que le Français s’éclate comme un dingue autour des spots magiques de Whistler. Celui qui nous expliquait en novembre dernier avoir "eu des frissons avant d'arriver sur le road gap" de l’Urban Downhill Grasse 2014 a encore un peu moins de deux mois avant d’entamer une nouvelle saison enduro au sein du Giant Factory off-road Team (première étape le 28 mars en Nouvelle-Zélande à Rotorua). On en a profité pour faire le point avec le champion de France de DH il y a dix ans maintenant. Car Barreli, ce n’est pas uniquement des tutos qui ont buzzé sur le web où des cris bestiaux sur chacune de ses vidéos postées sur les réseaux sociaux… " Je suis un mec très calme et très posé " explique-t-il. On l’a vérifié en lui en posant des questions sérieuses et d’autres un peu moins… A lire aussi : Urban Downhill Grasse 2014 : Yoann Barelli s’impose devant Loïc Bruni, résultats et classement (vidéo).

Yoann Barelli : "Au plus c'est con, au plus je m'éclate" (interview exclu)

Un mot sur ta saison 2014 avec un joli top 10 sur les Enduro World Series. C’était l’objectif de début de saison fixé avec Giant ?

Au début de la saison dernière, au mois de mars, j'étais en Californie (chez Giant), pour un training camp. On a fait des chronos, préparations des suspensions, réglage des bikes, photos... Je pétais le feu et les chronos aussi hahaha ! Du coup quand on a établi les objectifs avec mon team manager (Joe Staub) on s'est dit : Top 10 du général des Enduros World Series et un top 5 sur une manche. Mission accomplie, 9ème du général, deux top 5 et des victoires de spéciales.

Pour 2015, tu vois probablement encore plus haut, notamment grâce une belle fin de saison 2014. Quels objectifs te fixes-tu ? Une victoire, un top 5 au général ?

Quand tu es un compétiteur, tu vois toujours plus haut ! Le truc c'est que plus ça va, plus je me sens bien sur mon vélo, je progresse physiquement, mentalement, et techniquement. Je m'amuse, et j'éprouve un réel amour pour ce sport, du coup j'ai l'impression de ne pas avoir de limites, c'est trop bon ! Je ne vais pas dévoiler mes objectifs, mais à mon avis, tu sais déjà ce que je vise.

Quand on regarde le top 20 du général en 2014 en enduro, on trouve 10 Français. Quand on fait la même chose en coupe du monde de DH, ils ne sont "que" deux. Les enduristes frenchy ne veulent-ils pas venir faire un tour en DH ? Plus sérieusement, si tu as une explication, on est preneur.

Je sais, c'est plutôt rigolo.... Ou pas haha. Mais je ne suis pas persuadé que le top 10 Français des EWS puisse rentrer dans le top 20 en coupe du monde de DH, ou très peu, et tout dépend des courses. En compétition, l’enduro est tout nouveau ou presque... Pendant que le monde découvre cette discipline, nous en France, ça fait déjà 10 ans qu'on a des courses d'enduro. Alors je pense qu'on a ça dans le sang et que pour l'instant, on bénéficie de cet avantage. Mais ça ne va pas durer longtemps, il y a une tripoté de Canadiens, d'Américains, d'Anglais et autres.... qui ne sont pas plus cons que nous, qui sont super doués sur leurs bikes et qui eux aussi ont soif de victoire. Alors les places seront dures à prendre, comme en DH et ce n'est que mieux haha ! Alors pas de souci pour le niveau Français en DH. C'est juste qu'il faut d'énormes moyens et de budget pour percer dans cette discipline, c'est un peu comme en F1.

Tu es récemment parti aux Canada pour aller vivre à Whistler. Pourquoi ?

Ben pourquoi pas haha ! J'aime cet endroit, les forêts, les animaux, le côté sauvage, il y a une énergie particulière là-bas. La saison dernière j'ai vraiment eu un déclic, je me suis dit : " putain, c'est là que tu dois être Yo ! " Ensuite j'ai fait une rencontre... Et bim bam boum, trois mois plus tard j'y suis !

Comment trouves-tu les pistes / bike park là-bas ? Est-ce réellement le rêve qu’on imagine quand on parle de Whistler ?

Ah oui, Whistler c'est tout simplement de la balle mec, c'est magique ! Et puis il n'y a pas que Whistler, il y a Pemberton à 30 min au nord de Whistler, Squamish à 45 minutes au sud et North Vancouver. En gros, toute la Sea to sky vallée c'est le paradis du Vttiste. Il y en a pour tous les goûts, vraiment. C'est un endroit à découvrir.

Tu as prolongé de deux ans chez Giant l’année dernière, avais-tu pour autant des touches ailleurs ?

Je n'ai pas vraiment eu d'autres touches ailleurs, je n'ai pas fait savoir en cours de saison que je cherchais ailleurs et je pense qu'aux yeux des marques, "Barelli", pour l'instant c'est Giant. Et c'est vrai, j'aime cette marque, j'aime mon équipe et j'aime surtout le vélo (Giant REIGN). Je me sens comme à la maison quand je monte dessus. Comme je l'ai dit plus haut, je n'ai pas encore trouvé les limites avec ce bike. Alors pourquoi changer ? J'ai signé un bon contrat, même si je sais que je pourrais gagner plus d'argent avec d'autres marques. J'ai d'autres idées en tête et pour l'instant l'heure n'est pas à ça, l'heure est à la construction.

Yoann Barelli : "Au plus c'est con, au plus je m'éclate" (interview exclu)

Es-tu vraiment plus enduro aujourd’hui où prends-tu aussi plaisir à faire un peu de DH ?

L'enduro ce n'est rien d'autre que du VTT, tu montes en pédalant en haut d'une montagne et tu la descends juste après. Je suis donc un VTTiste un Mountain biker et là ou je prends le plus mon pied c'est avec un vélo d'enduro ou un vélo de DH, en descente, quand c'est défoncé, technique, rapide... Ça c'est de la balle mon gars !

Dans "The Rise of Enduro", il n’y a qu’une fille dans le casting, Anne-Caroline Chausson. Tu en penses quoi des femmes sur le vélo ?

Les filles sont de plus en plus rapides, de plus en plus fortes. Elles s'entraînent comme nous, elles roulent sur les mêmes pistes que nous, elles font les mêmes courses que nous, elles roulent avec nous.... et en vivant avec une fille qui roule (Katrina Strand qui a par ailleurs remporté le Crankworx Canadian Open Enduro en 2012) je peux te dire que c'est vraiment dur pour elles de percer et de vivre de ce sport. Alors ce que je pense des filles dans le vélo, c'est qu'elles méritent tout autant que nous voir plus de pouvoir vivre de leurs passion ! Anne-Caro (Anne-Caroline Chausson, neuf fois championne du monde de DH et aujourd’hui sur le circuit enduro) m'a battue sur une ou deux spéciales en 2013 au Colorado, mais je ne l'ai pas mal pris car c'est Anne-Caro.

En parlant de The Rise of Enduro, est-ce la plus grosse production à laquelle tu aies participé ?

Non la plus grosse prod’ c'était pour "Régis" le film de Lez'Art Création (que l'on vous propose ci-dessous), ça c'était énorme, et une expérience que je ne vais pas oublier de sitôt. Dans "The rise of enduro" je n'ai fait que rider un peu devant la caméra, je n'ai pas pu faire le con.

A quel moment de ta carrière tu t’es dit : "là, y’a moyen que je fasse un truc dans le VTT " ?

J'ai commencé le VTT à l’âge de sept ans. Au début je ne faisais que quelques petites courses par an. Rapidement mon grand frère Nico Filippi a commencé à prendre du niveau (champion du monde junior de WC en 1999) et avec mes parents on le suivait sur toutes les courses. Puis j'ai aussi commencé à progresser (champion de France élite de DH en 2004, 17ème des championnats du monde élite de DH en 2005). J'ai toujours eu le VTT en moi, mais ce n'est qu'en 2012 à la fin de la saison lors d'une discussion avec mon ex que tout a pris un sens. J'ai compris que j'allais faire du VTT, mon métier. Et là encore pari tenu. Fin 2013 je suis passé pro en intégrant le Giant Factory Off-Road team.

Sur l’Urban Downhill de Grasse, tu bats Bruni de trois dixièmes. Sur une descente de DH type coupe du monde, il te met combien ?

Alors ça je ne sais pas, mais on va le savoir bientôt car j'ai vraiment envie de refaire quelques coupes du monde de DH dans les années à venir si le calendrier le permet et si Giant me le permettent.

Tu serais chaud pour tenter le City Down Hill World Tour et des events comme la Donwhill Taxco, celle de Valparaiso… ?

Au plus c'est con, au plus je m'éclate, alors bien entendu, je suis chaud. Mais là encore ça ne dépend pas que de moi... Dans mon contrat, mes objectifs sont les EWS et si je me blesse sur une urban DH au Mexique ou au Chili, je ne pense pas que Giant soient très content. Mais plus ça va et plus je veux pouvoir faire ce que je veux. Je n’ai pas envie d’être bloqué sur une discipline. Je ne veux pas avoir une étiquette "enduro", c'est chiant. Je veux pouvoir faire la Rampage, des urbans DH, des coupes du monde de DH, des EWS et pourquoi pas des Iron Man... Mais chaque chose en son temps. Tout est clair dans ma tête. Là ce que je veux, c'est rider à bloc sur mon bike d'enduro, en EWS, et je m'entraîne pour ça, je dors pour ça, je mange pour ça...

Dans 10 ans, tu te vois commentateurs sur les coupe du monde de DH / enduro, toujours à fond sur ton bike, ou tranquille dans un fauteuil en train de te remettre de tes émotions de 30 ans de VTT ?

Sûrement pas dans un fauteuil putain... t'es fou. Dans 10 ans, j'aurais 39 ans et je serais surement à Vars en haut de la piste de KL en train de m'élancer pour battre le record du monde de vitesse sur neige en vélo (222,22 km/h). Hahaha, et je suis sérieux !

Vas-tu continuer à faire tes vidéos et notamment les tutos avec Corrosive Pictures ? (exemple ci-dessous avec le tuto "How to become a pro rider")

Pour faire un bon tuto il faut des bonnes idées, et avoir la tête complètement à ça... Je n'ai plus trop d'idées pour les tutos. On a surfé sur la vague des "tutos de Camille" maintenant il faut passer à autre chose. Et je m'aperçois également que le personnage que je jouais dans les tutos existe vraiment en moi. Je le fais vivre et je le partage au quotidien sur Facebook et Instagram avec ceux qui me suivent. C'est bien mieux comme ça, c'est naturel, c'est du "one shot" sans montage et ça m'éclate !

Ça arrive que ton entourage te dise de te calmer deux minutes ?

En fait je suis un mec très calme et très posé. Alors oui, il m'arrive souvent de péter une durite, mais la plupart du temps j'aime bien la tranquillité. Mon entourage me connaît comme ça.

Ludo de Corrosive Pictures est-il d’ailleurs avec toi au Canada ou a-t-il prévu de passer te voir là-bas ?

Malheureusement, mon Ludo n'est pas avec moi..... snifffff. Il a une belle et heureuse famille dans le sud de la France et ils n'ont pas voulu me suivre... les salopards ! Mais il viendra, ça c'est certain. Et on n'a pas fini de faire de conneries tous les deux.

Prochaine compet’ ou event’ pour toi ?

La suite du programme pour moi, ça va être du ride et encore du ride... puis à la mi-février direction la Californie pour 10 jours de team camp avec Giant. Prochaine compet’, c'est mi-mars en Nouvelle-Zélande juste avant la première manche des EWS (en NZ aussi). Une course sur trois jours, avec dépose en hélicoptère et tout… Ça va être génial !

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